Professeur Fernandez, vous êtes à la fois chimiste des arômes et parfums, porteur du PUI Med’Innov et directeur scientifique de la chaire « Patrimoine Arômes, Parfums et Cosmétiques en Pays de Grasse » : comment ces différentes casquettes structurent-elles concrètement votre action pour valoriser ce patrimoine en Provence-Alpes-Côte d’Azur ?
Ces différentes fonctions ont bien évidemment des connections avec comme socle ma fonction d'enseignant-chercheur spécialiste du secteur arômes, parfums, cosmétiques. Depuis mon recrutement mes activités de recherche et d'enseignement (en particulier avec la direction de deux Master durant de nombreuses année) m'ont amené à travailler avec de nombreux partenaires sociaux-économique, en particulier le bassin grassois. Les résultats obtenus ont conduit à la formation de nombreux jeunes chercheurs/Ingénieur et plusieurs innovations aujourd'hui sur le marché. J'ai eu également le plaisir de contribuer à de nombreux ouvrage techniques ou grand publique qui font rayonner nos savoirs faires.
Quand on parle de « patrimoine Arômes, Parfums et Cosmétiques » en Pays de Grasse, on pense souvent à l’histoire et au savoir-faire ; en tant que scientifique, comment expliquez-vous, de façon très concrète, en quoi la recherche en chimie et en sciences des matériaux peut contribuer à préserver, documenter et transmettre ces savoirs inscrits à l’UNESCO ?
La parfumerie et la cosmétique ont été durant siècle associées à la notion de savoir-faire transmis d'experts en experts. L'avènement des sciences, en particulier la chimie a bouleversé ce secteur à partir du 18ème-19ème. Il a été dès lors possible de comprendre de quoi été composé la matière, quelle étaient les substances odorantes caractéristiques de matières premières utilisées depuis la nuit des temps mais aussi les reproduire par des procédés de synthèse organique. Mieux connaitre toutes ces histoire permet de mieux les documenter et les transmettre aux générations futures.
La chaire partenariale que vous pilotez réunit chercheurs, entreprises, collectivités et acteurs de la filière grassoise : pouvez-vous nous décrire un ou deux projets emblématiques qui illustrent comment ce travail collaboratif permet à la fois d’innover (nouveaux ingrédients, procédés, usages) et de ne pas trahir l’authenticité des pratiques traditionnelles ?
Les activités de la Chaire s'articulent autour de 4 piliers : Recherche&Innovation, Formation, Rayonnement, Filière et écosystèmes. Plusieurs projets ont déjà été validés lors de notre premier comité de pilotage. Cela va de projets de recherche pour soutenir les filières de production des plantes à parfums (rose, jasmin, tubéreuse de Grasse, violette de Tourettes, genet du mas...) à des projet d'édition d'ouvrage et livres blanc en passant par des bourses pour nos étudiants méritants ou en difficulté. Les initiatives et projet sont nombreux c'est très enthousiasmant !
Vous travaillez au plus près des industriels de Grasse sur des problématiques très opérationnelles : quelles sont aujourd’hui, selon vous, les trois grandes menaces qui pèsent sur ce patrimoine (pression foncière, standardisation des formules, réglementation, dérèglement climatique…) et comment la recherche académique peut-elle aider la filière à y répondre ?
Notre monde évolue très vite, c'est également le cas pour le secteur arômes, parfums, cosmétiques. Les opportunités sont nombreuses mais les menaces également. Les acteurs de la recherche académique peuvent contribuer à y répondre. La pression réglementaire, principalement sur les ingrédients naturels est de plus en plus forte. Il faut savoir que les ingrédients naturels sont essentiellement des mélanges complexes de plusieurs dizaines à centaines de constituant. C'est une particularité qui offre une fabuleuse richesse olfactive mais qui nécessiterait de considérer ces ingrédients d'une autre façon qu'ils ne le sont actuellement par les autorités européennes. Nos projet de recherche peuvent produire des données chimiques et biologiques pour démontrer la nécessité de les gérer autrement. Le changement climatique et le enjeux environnementaux sont également nombreux, là encore de nombreuses équipe travaillent sur des solutions pour y répondre. Enfin les parfums, cosmétiques et produits aromatisés font partis de notre quotidien et font très souvent l'objet de contre vérité, ces maintenant bien connues "fake news" qui peuvent mettre à mal des filières entières. Il est important pour le monde académique de participer au débat et d'apporter des explications documentés et robustes.
Le PUI Med’Innov vise à structurer l’innovation entre Université Côte d’Azur, Université de Corse et un ensemble de partenaires fondateurs : en quoi cette dynamique d’innovation territoriale change-t-elle la donne pour la filière Arômes, Parfums et Cosmétiques en région Sud, par exemple en matière de transfert technologique, de création de start-ups ou de montée en gamme des productions locales ?
Le Pole Universitaire d'Innovation Med'Innov fédère tous les acteurs académiques de l'innovation (Universités, Organismes de recherche et leurs filiales de transfert de technologie, Satt, Incubateurs, CHU) de la cote d'Azur à la Corse. Nous venons d'être rejoint par le CHU de Nice. A ces membre fondateur s'associent plus de soixante partenaires (collectivités, pôle de compétitivité, entreprises, associations...). L'enjeu est d'améliorer notre articulation et d'accélérer nos actions d'innovation : formation à l'innovation, détection des inventions et accompagnement, recherche partenariale et transfert de technologie, création de startup. La filières Arômes, Parfums, Cosmétiques est un fleuron de notre région parfaitement intégrer dans notre PUI. Nous avons ainsi créer un réseau thématique Naturalité, Arômes, Parfums, Cosmétiques pour animer l'écosystème et apporter des réponses adaptées à ce secteur en lien avec tous ces acteurs.
Si l’on se projette à 10 ou 15 ans, comment imaginez-vous l’évolution du patrimoine parfumé de la Provence-Alpes-Côte d’Azur : quelles innovations (numérique, IA, biotechnologies, agroécologie, nouveaux modèles économiques) vous paraissent capables de renforcer ce patrimoine plutôt que de l’uniformiser ou de le fragiliser ?
Les secteur Arômes, Parfums, Cosmétique a beaucoup évolué ces 10-15 dernières années. Les 15 prochaines années vont également être très riches avec de nombreux enjeux. Le numérique et l'IA sont un premier défis qui prend de plus en plus de place dans la filière avec de très nombreuses opportunités. Le naturel même si il est durement touché par les contraintes réglementaires est fortement demandé par les consommateurs, les opportunité autour de ce secteur vont donc être nombreuses (nouvelles pratiques culturales, adaptations aux changements climatiques, chimie durable, biotechnologies, formulation... Tous ces défis sont très liés à l'innovation et nous avons de nombreux atouts pour les transformer en opportunités et renforcer les acteurs et notre patrimoine.
Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes chercheurs, aux étudiants et aux artisans de la région qui hésitent encore à s’engager dans cette filière des arômes, parfums et cosmétiques : quelles compétences cultiver et quel état d’esprit adopter pour à la fois respecter le patrimoine et oser l’innover ?
Le secteur arômes, parfums, cosmétiques est très dynamique et constitue un fleurons de l'Industrie française, rares sont les secteurs qui réussissent autant à l'étrange. Notre territoire est connu dans le monde entier grâce à cette activité. Il représente un secteur très attractif pour de nombreux métiers avec des possibilités de carrières magnifiques. Il mérite donc qu'on s'y intéresse !
Pour en savoir plus : https://univ-cotedazur.fr/