Côte d'Azur & Riviera

Interview de Sarah Vanheel de Nice & Beyond : Créer un blog de voyage de référence sur la Côte d’Azur

Sarah, vous êtes enseignante de FLE de formation et créatrice de Nice & Beyond, devenu en quelques années une référence pour préparer un séjour sur la Côte d’Azur : quel a été le déclic qui vous a poussée à lancer...

22 août 2026 16 min de lecture
Interview de Sarah Vanheel de Nice & Beyond : Créer un blog de voyage de référence sur la Côte d’Azur

Sarah, vous êtes enseignante de FLE de formation et créatrice de Nice & Beyond, devenu en quelques années une référence pour préparer un séjour sur la Côte d’Azur : quel a été le déclic qui vous a poussée à lancer un blog de voyage entièrement centré sur Nice et la Riviera française, et en quoi votre regard d’expat’/francophile a façonné ce projet ?

Il est vrai que la Côte d’Azur m’a toujours attirée. Comme beaucoup de Belges, j’y allais chaque année en vacances et la région était pour moi synonyme de plaisir et de détente. La France a donc toujours occupé une place importante dans ma vie, et étudier la langue française était un choix assez évident.
Avec ma famille, nous avons également découvert beaucoup d’autres destinations, en Europe et ailleurs, notamment sur le continent américain. Mais nulle part ailleurs je ne retrouve la même sensation de bien-être qu’à la Côte d’Azur.
Au fil de nos voyages et des échanges avec les personnes que nous rencontrions, j’ai toutefois remarqué qu’elles connaissaient généralement les destinations les plus célèbres de la Côte d’Azur et leur réputation glamour, mais beaucoup moins les nombreux petits trésors qui se trouvent entre ces grandes destinations.
C’est ce qui m’a donné envie de créer un blog qui permette de montrer toute la diversité de la région à travers des guides pratiques, en prenant Nice comme point de départ, une ville que je connais particulièrement bien. Mon deuxième diplôme, en marketing digital, m’a également donné les outils nécessaires pour développer ce projet et le faire connaître auprès des voyageurs.

Votre blog revendique des « experience-based travel tips », loin des conseils génériques : concrètement, comment transformez-vous vos propres explorations de la Côte d’Azur (quartiers de Nice, villages, excursions) en contenus structurés comme le « Complete Nice Travel Guide » ou l’itinéraire 7 jours, et quels critères vous permettent de décider qu’une expérience mérite d’entrer dans vos guides de référence ?

Ce qui me tient surtout à cœur, c’est que mes lecteurs découvrent à quel point la région est diverse. La plupart des voyageurs connaissent la réputation de Cannes et de Saint-Tropez, certains aussi celle de Nice et d’Èze, mais beaucoup moins les villages pittoresques, les magnifiques jardins ou le sentier du littoral.
J’essaie donc de les encourager à regarder au-delà de la couverture glamour de la Côte d’Azur. Pour moi, cet équilibre est important, car la région a tellement plus à offrir que ses destinations les plus connues. Il y a de véritables pépites entre les grands noms de la Côte d’Azur, et c’est justement ce que j’aime faire découvrir.
C’est aussi pour cela que j’essaie de montrer qu’il n’est pas nécessaire de vouloir tout voir en un seul séjour. Beaucoup de voyageurs veulent intégrer énormément de destinations dans un voyage assez court, alors que cela va un peu à l’encontre de ce qu’est réellement la région. La Côte d’Azur invite plutôt à prendre son temps: découvrir les produits frais sur un marché, faire une baignade spontanée depuis une section du sentier littoral ou simplement profiter de l’ambiance lors d’un pique-nique dans un parc. La région mérite d’être savourée plutôt que simplement parcourue.
Bien sûr, pour qu’un blog puisse être visible dans les moteurs de recherche, il faut aussi couvrir les grandes destinations, ce qui permet également de représenter la région de manière aussi complète que possible. Je suis donc heureuse que les principales soient maintenant largement présentes sur Nice & Beyond. Je peux ainsi consacrer davantage de temps aux endroits plus petits et aux expériences moins connues. Pour moi, c’est justement la partie la plus passionnante qui commence maintenant.

Vous ciblez principalement un public international anglophone qui prépare la Côte d’Azur à distance : quelles sont, selon vous, les principales idées reçues que ces voyageurs ont sur Nice et la Riviera, et comment vos articles (sur les quartiers, les excursions, les hébergements…) tentent-ils de corriger ou nuancer ces clichés ?

C’est vrai que le blog est en anglais et s’adresse principalement aux voyageurs qui souhaitent découvrir la région de manière indépendante. Beaucoup sont habitués à voyager avec des tours organisés et un guide. Je présente certainement aussi cette possibilité sur le blog, mais j’essaie surtout de leur donner la confiance nécessaire pour partir eux-mêmes à la découverte de la région.
L’une des premières choses que je dois parfois expliquer est justement que la proximité géographique des destinations ne signifie pas qu’il faut toutes les visiter en quelques jours. Cela vaut pour la Côte d’Azur dans son ensemble, mais aussi pour Nice elle-même. Beaucoup choisissent à juste titre cette ville comme base, mais prévoient ensuite une excursion différente chaque jour sans prendre suffisamment de temps pour découvrir Nice elle-même. Nice est tellement plus que la Promenade des Anglais et mérite beaucoup plus qu’une visite éclair.
Saint-Tropez est un autre bon exemple. Beaucoup de voyageurs veulent simplement « voir » Saint-Tropez et le ferry saisonnier semble alors être une bonne solution. C’est effectivement une possibilité, mais j’essaie de leur faire comprendre qu’une excursion en ferry ne leur donnera qu’un aperçu de Saint-Tropez. Pour moi, la beauté de Saint-Tropez se trouve tout autant, voire davantage, dans les vignobles qui entourent la ville, le sentier vers le Cap Taillat, le charme des petits villages de la presqu’île… Il y a là aussi de véritables pépites. Saint-Tropez a beaucoup de visages et une excursion aller-retour en ferry ne montre qu’une toute petite partie de ce que la ville, le golfe et la presqu’île ont à offrir.
Il y a aussi des aspects plus pratiques qui peuvent surprendre les voyageurs internationaux. Sur le continent américain, par exemple, les chambres d’hôtel sont souvent beaucoup plus grandes que dans les villes historiques françaises. Le fait que certains hébergements dans les vieux centres-villes ne disposent pas d’ascenseur peut également les surprendre.
Enfin, je pense que l’une des plus grandes idées reçues est que la Côte d’Azur est uniquement une destination de printemps et d’été. Beaucoup ignorent que les villes restent très animées en hiver, avec les marchés de Noël et de nombreux événements.
Les journées sont plus courtes, bien sûr, et certains villages sont peut-être plus calmes hors saison, mais cela a aussi son charme. Et l’ensoleillement compense largement: déjeuner bien couvert sur une terrasse, découvrir les sentiers, profiter de l’offre culturelle… À l’origine, la Côte d’Azur était d’ailleurs une destination hivernale. Il est donc intéressant de redécouvrir aujourd’hui les atouts de la région hors saison.

Créer un blog de voyage de référence sur une destination ultra-couverte comme la Côte d’Azur implique de se différencier : comment travaillez-vous la précision de l’information (horaires, transports, saisonnalité, sécurité, budget…) et la profondeur locale pour que Nice & Beyond reste plus utile qu’un guide papier ou qu’un compte Instagram inspirant mais superficiel ?

Cela peut sembler un peu étrange qu’une personne comme moi, qui ne vit pas sur la Côte d’Azur mais demeure en Belgique, écrive sur cette région. Mais, d’une certaine manière, cela présente aussi un avantage: je continue à regarder la région avec les yeux d’une visiteuse et je sais donc quelles informations sont importantes de ce point de vue.
Je visite aujourd’hui la région plusieurs fois par an, à différentes saisons, afin de pouvoir conseiller mes lecteurs le plus précisément possible. Et chaque séjour m’apporte de nouvelles expériences enrichissantes, du Mercantour au Domaine du Rayol. Je ne prétendrai jamais connaître la région comme quelqu’un qui y habite, mais mes nombreuses années d’expérience me donnent tout de même une base solide.
Pour mes lecteurs qui souhaitent voyager de manière indépendante, les détails pratiques sont particulièrement importants. Je vérifie donc attentivement les lignes de bus, je fais des liens vers les horaires officiels, je mentionne honnêtement l’affluence dans les trains ou encore les risques de pickpockets dans les transports publics. Plus le voyageur est bien préparé, plus son expérience a de chances d’être réussie. Je considère donc que c’est ma responsabilité de transmettre ces informations de manière aussi fiable que possible. Cela représente beaucoup de recherche, mais c’est un travail que je fais volontiers.
Les voyageurs ne disposent souvent que de quelques jours de vacances par an et je veux vraiment que leur séjour soit aussi insouciant que possible, au minimum à la hauteur de leurs attentes et, idéalement, encore meilleur. On ne peut pas contrôler la météo, mais une bonne préparation peut réellement faire la différence.

Vous avez fait le choix d’articles longs, très pratiques, comme « Tours in Nice That Are Worth Every Penny », qui demandent un gros travail d’enquête et de mise à jour : quels sont les défis concrets derrière ce format (tests d’activités, relations avec les prestataires, gestion des attentes des lecteurs) et comment gardez-vous votre indépendance éditoriale dans vos recommandations ?

Le blog est avant tout un projet de passion, mais avec le temps que j’y consacre - Nice & Beyond est aujourd’hui devenu un projet à temps plein - je ne peux pas éviter d’en tirer également des revenus. Il me semble important d’être honnête à ce sujet.
Lorsque je recommande des activités ou des hébergements, certains liens sont affiliés: si un lecteur effectue une réservation par leur intermédiaire, je peux recevoir une commission. Cela ne change pas le fait que je reste très exigeante dans mes recommandations.
Je privilégie la découverte individuelle de la région, mais je propose également des tours pour les lecteurs qui préfèrent être accompagnés. Ces recommandations doivent toutefois correspondre à ma propre philosophie: prendre le temps de découvrir la région et de vraiment profiter des destinations proposées.
Je préfère évidemment recommander des activités que j’ai moi-même testées, mais ce n’est pas toujours possible. Dans ce cas, je fais des recherches approfondies pour vérifier qu’il s’agit d’une entreprise établie et je consulte les avis sur différentes plateformes. Je vérifie également régulièrement que l’activité est toujours proposée et que la qualité de l’expérience reste au rendez-vous. Je suis très sélective, car je ne veux recommander que ce que je serais moi-même prête à réserver.
Je fais la même chose pour les hébergements. J’ai par exemple un article qui répertorie les chambres familiales dans les hôtels de Nice. Cet article est né d’un besoin que j’ai moi-même rencontré lorsque je visitais Nice avec ma famille. Ai-je personnellement dormi dans toutes ces chambres ? Non. J’en ai testé trois ou quatre à mes propres frais, et je complète ensuite ces expériences par une recherche approfondie afin de donner à mes lecteurs une vue aussi complète que possible des chambres familiales disponibles à Nice, avec notamment leur superficie et la configuration des lits. Pour les locations de vacances, je vérifie par exemple que le numéro d’enregistrement obligatoire est bien indiqué. Et ma liste de restaurants à Nice rassemble à la fois des établissements où j’ai personnellement bien mangé et des adresses qui figurent encore sur ma liste personnelle de restaurants à découvrir. Je le précise également dans l’article. Cette transparence est importante pour moi, car je veux préserver la confiance que mes lecteurs m’accordent.
Jusqu’à présent, je n’ai donc pas accepté de sponsoring. Au début, le blog n’avait d’ailleurs pas encore suffisamment de visibilité pour offrir une réelle valeur en échange d’un partenariat. Je respecte aussi le fait que chaque entreprise travaille dur pour développer son activité. Pour moi, un partenariat durable doit donc reposer sur une valeur réelle pour les deux parties, et pas simplement sur le fait de profiter du travail de l’autre.
À l’avenir, si je développe des partenariats sponsorisés, ils seront clairement identifiés. Cela ne changera pas non plus ma façon de parler de mes expériences: je souhaite rester honnête et transparente, car c’est la meilleure façon de préserver la confiance de mes lecteurs.

Si l’on se projette dans quelques années, comment imaginez-vous l’évolution d’un blog de voyage de référence sur la Côte d’Azur : montée en puissance de la vidéo, intégration de cartes interactives et d’outils de planification, nouvelles attentes des voyageurs en termes de durabilité ou de tourisme plus local… quelles pistes vous semblent incontournables pour rester pertinent ?

Depuis peu, je propose également des services de planification de voyage personnalisés via mon blog. Je constate que les voyageurs recherchent de plus en plus d’informations pratiques qui leur permettent de construire un séjour adapté à leurs envies, plutôt que de simplement suivre un itinéraire tout fait. Les outils numériques peuvent également les aider à mieux visualiser et organiser leur voyage. Tous mes articles disposent déjà d’une carte interactive, utilisable également hors ligne, et je souhaite continuer à développer cet aspect pratique du blog.
J’aime beaucoup l’écrit et les détails que je peux intégrer dans un article. Mais l’essor de la vidéo est impossible à ignorer et je devrai donc faire davantage d’efforts dans ce domaine. Je ne suis pas quelqu’un qui aime particulièrement être au centre de l’attention, donc je souhaite conserver le même ton pratique que celui qui caractérise mes articles. C’est un défi que je devrai relever dans les prochaines années, notamment pour pouvoir toucher de nouveaux voyageurs sur les plateformes vidéo.
Je souhaite continuer à consacrer davantage de place aux petits villages et aux destinations moins connues, ainsi qu’aux expériences hors saison, qui restent encore relativement sous-représentées. Ces lieux permettent souvent de découvrir une autre facette de la Côte d’Azur et de favoriser un tourisme plus local, notamment grâce à des hébergements et des entreprises de plus petite taille.
Enfin, j’aimerais élargir progressivement le champ de Nice & Beyond au-delà du contenu éditorial. Depuis sa création, j’ai également découvert une véritable passion pour la photographie, notamment grâce à la beauté de la région. Je souhaite donc bientôt commencer à proposer certaines de mes photographies de la Côte d’Azur sous licence, notamment aux entreprises locales qui souhaitent utiliser des images originales de leur région.
Cette volonté de développer les liens avec les acteurs locaux rejoint d’ailleurs un autre projet qui me tient à cœur: constituer progressivement un petit réseau, mais très sélectif, de partenaires de confiance dans les domaines des activités, du transport, de la conciergerie et d’autres services. Dans un premier temps, ce réseau serait surtout utile aux voyageurs auxquels je propose mes services de planification personnalisée.
C’est évidemment l’un des inconvénients de ne pas vivre sur place: je ne dispose pas encore d’un réseau local suffisamment développé de prestataires dont je connais personnellement la qualité et auxquels je pourrais recommander mes clients en toute confiance. Développer ce réseau sera donc un projet important pour moi, car il me permettra d’offrir à mes clients une expérience encore plus fluide.

Pour quelqu’un qui rêve de lancer son propre blog de voyage de référence sur une destination qu’il connaît intimement, quel serait votre conseil le plus franc : que faut-il absolument faire — et au contraire éviter — pour construire une ressource vraiment utile, honnête et durable, à l’image de ce que vous avez développé avec Nice & Beyond sur la Côte d’Azur ?

Pour moi, cela passe par les connaissances, l’expérience et une formation continue. Un blog de voyage ne repose pas uniquement sur le plaisir d’écrire. L’environnement numérique évolue constamment et, pour être trouvé par les voyageurs, il faut aussi comprendre comment fonctionne la visibilité en ligne, de la manière dont on structure et rédige un contenu jusqu’à sa présentation technique. Cela demande de rester curieux et de continuer à apprendre.
Ce n’est d’ailleurs pas mon premier blog de voyage, donc lorsque j’ai créé Nice & Beyond, je savais déjà très bien dans quoi je me lançais. Mais même avec cette expérience, il faut accepter de continuer à apprendre et à s’adapter.
Mais surtout, il faut surtout choisir une destination pour laquelle on a une véritable passion. Sinon, il devient difficile de maintenir le projet sur le long terme, et les lecteurs le ressentent.
Il faut également continuer à explorer soi-même et rester ouvert aux nouvelles expériences. L’année dernière, par exemple, j’ai découvert avec ma famille la magnifique nature du Mercantour à travers une activité de canyoning qui était largement en dehors de ma zone de confort. Depuis, j’ai envie d’explorer davantage d’expériences actives dans la région. C’est enrichissant pour moi personnellement, mais aussi pour le blog et donc pour mes lecteurs.
Enfin, je pense qu’il est essentiel de rester authentique et de ne pas simplement choisir ce qui génère le plus de revenus. Il faut parfois plus de temps pour construire une ligne éditoriale cohérente, mais c’est justement ce qui permet, à long terme, de rester crédible.

Pour en savoir plus : https://niceandbeyond.com/