Lionel, vous vivez et travaillez à Vence, aux portes des Gorges du Loup, en tant que moniteur d’escalade, guide de canyonisme et responsable du bureau des guides LESGECKOS : comment résumeriez-vous votre quotidien professionnel et ce que signifie concrètement « vivre de la montagne » dans l’arrière-pays niçois ?
J'ai fait le choix il y a plus de 25 ans de changer de métier et me tourner vers les montagnes, les canyons, la nature que entoure notre belle région de la Côte d'Azur. Je venais d'un métier technique, concepteur d'équipement pour une société créant du matériel d'escalade et d'alpinisme à côté de Grenoble. Je voulais partager ma passion pour l'escalade et les grands espaces avec le plus de monde possible, enfants, adultes, dans des clubs ou bien des sorties plus réduites. Je voulais sortir des horaires de travail en entreprise et mieux pouvoir gérer mon temps libre pour pratiquer avec mes amis, ma famille.
Vous encadrez l’escalade, le canyoning et la via ferrata pour tous les niveaux, des débutants aux pratiquants confirmés : quelles sont, dans les coulisses, les plus grosses différences dans votre préparation mentale, logistique et sécuritaire entre une sortie « découverte » et une sortie pour des passionnés déjà très à l’aise sur corde ?
En fonction du public les ambitions vont êtres différentes, une famille avec des enfants axera la sortie certainement plus sur de la découverte ludique qu'une personne seule voulant découvrir les grandes voies du département. Le travail de guide ou moniteur consiste justement à choisir l'itinéraire qui convient le mieux, la sécurité est bien sûr un facteur important, mais les risques font partis de nos activités, nous pouvons les limiter au maximum, jamais à 100%, c'est aussi ça qui fait qu'une expérience d'escalade engagée sur un site isolé restera toujours gravé dans la mémoire de la personne qui le fait.
Les Alpes-Maritimes offrent un terrain de jeu très varié, entre gorges du Loup, canyons entre le Verdon et la Côte d’Azur et grandes falaises d’escalade : comment choisissez-vous vos itinéraires au quotidien, et quels compromis devez-vous faire entre beauté du cadre, engagement sportif et impératifs de sécurité ?
En fonction du public le plus difficile est de choisir le bon lieu et la bonne difficulté d'itinéraire pour que, en fonction du but recherché, les participants puissent à la fois se faire plaisir et se dépasser. Nous avons la chance sur les Alpes Maritimes d'avoir une grande quantité d'itinéraires, que ce soit en canyoning avec lesGorges du Loup, spot incontournable pour les groupes de potes ou les familles, mais aussi le Baou de Saint Jeannet pour ces ascensions longues et engagées. Il y en a pour tous et toutes.
Les avis clients soulignent souvent le professionnalisme et le sentiment de sécurité avec LESGECKOS : pouvez-vous nous décrire quelques situations de terrain où votre expérience de moniteur d’escalade et de guide de canyonisme a vraiment fait la différence pour gérer un imprévu ou un moment de panique chez un participant ?
Le bon choix d'itinéraire, l'écoute, le calme lors des moments de stress, savoir rassurer les participants, gérer les enfants ou les personnes demandant plus d'attention de manière adaptée, c'est ce que l'on essaye de faire chaque jour. On fait se métier par passion, on transmet et surtout je me dis toujours que le plus important est de passer un bon moment, de savoir ne pas dépasser une limite qui rendrait la sortie en mission. Ce n'est pas si compliqué, j'ai 50 ans, une famille, deux enfants grands maintenant, j'essaye d'organiser les sorties avec mes clients comme si j'emmenais ma propre famille.
Vous cumulez plusieurs casquettes (escalade, via ferrata, canyoning) tout en étant responsable du bureau des guides : quels sont, derrière l’image de « métier-passion », les aspects les plus exigeants ou méconnus de cette vie professionnelle (gestion de saison, météo capricieuse, responsabilité, fatigue physique…) et comment tenez-vous sur la durée ?
C'est un peu tout ça, quand tout va bien, tout va bien, facile, mais quand la météo devient capricieuse, que les participants ont parfois surestimés leurs capacités, et bien il faut s'adapter, et surtout savoir renoncer, annuler la sortie, la décaler, changer le lieux, et l'expliquer aux participants qui ne le comprennent pas forcément. On veut tous rentrer à la maison, avoir des belles histoires à raconter, le réslité est plus complexe mais gérable. Le temps et l'expérience y participe énormémént.
Avec votre recul depuis le début des années 2000, comment voyez-vous évoluer les métiers de guide d’escalade et de canyonisme dans la région PACA : nouvelles attentes des clients, impact du changement climatique sur les canyons, réglementation, professionnalisation… Qu’est-ce qui va, selon vous, le plus transformer votre manière de travailler dans les prochaines années ?
La clientèle à évoluée, le métier également, nous faisons plus souvent des sorties plus courtes, sur des demi-journées, là ou nous partions souvent plusieurs heures il y a 15 ans, les clubs, bureaux des guides se sont structurés, ont été obligés de se sédentariser, d'organiser des systèmes de navettes dans certaines vallée pour ne pas créer des problème de sur fréquentation de l'espace public. En cas de problème il faut un responsable, les institutions nous mettent plus de pression, Jeunesse et Sport, services de secours, mais ça se passe bien au final. Ce qui a le plus changer c'est l'approche des clients, qui veulent faire une activités ludique, courte, pas forcément approfondir le truc, c'est tout.
Pour finir, quel message ou conseil aimeriez-vous adresser à ceux qui rêvent soit de se lancer dans le canyoning ou l’escalade autour de Nice, soit carrément d’en faire un métier comme vous : par où commencer, et quelles illusions faut-il abandonner rapidement pour vraiment s’épanouir en vivant de la montagne ?
Etre moniteur c'est déjà aimer ce que l'on fait et vouloir transmettre ça. L'erreur la plus fréquente chez les jeunes stagiaires est qu'ils pensent grimper plus en travaillant comme guide ou moniteur mais ce n'est pas vrai, il faut avant tout vouloir transmettre. Les horaires de cours ou les dates de sorties sont décalées par rapport aux travailleurs classique, les cours sont les soirs, les sorties et stages pendant les vacances et les week end. La saison d'été est dédiée au canyoning, pas aux vacances, bref, trouver un équilibre professionnel, entre sortie avec les potes et la gestion familiale ce n'est pas simple. Avoir une conjointe qui comprend et accepte la situation c'est le top. Il faut accepter les compromis, mais le métier en vaut la peine.
Pour en savoir plus : https://lesgeckos.fr/